Une suite a Moroni blues

En janvier 2007 paraissait Moroni Blues / Chap. II de Soeuf Elbadawi, une réflexion sur Moroni entre poème d’amour et lettre polémique, qui força le débat sur la nécessité d’une nouvelle citoyenneté comorienne, au-delà des communautarismes de village. Les réactions furent vives. Motivé par ces critiques, Elbadawi répond à ses détracteurs dans ce court essai collectif, soutenu par Rémi Carayol et Kamal’Eddine Saindou, tous trois journalistes à Kashkazi. Ensemble, ils examinent les résistances au débat social en faisant une lecture parallèle de Moroni Blues et du Discours antillais d’Édouard Glissant.

Amants moutons

L’ensemble de la maison était à son troisième jour de deuil. La mère se renferma dans sa chambre, le père ne bougea du canapé. La radio est éteinte, aussi tristement la télévision. C’est le troisième jour, la porte ne s’est pas ouverte. C’est le troisième jour qu’ils ne se sont pas adressé la parole. Leur fille, fantôme à la maison, ne se montre pas. Qui sait qu’elle est vivante ou morte ? Ni le père ni la mère n’a eu le courage d’aller la voir. La maison se transformait en un mal que tout le monde en souffre.

Dans ce recueil de nouvelles, Hassane Msaïdie dresse un portrait de la société à travers des scènes du quotidien où le silence, la honte et les non-dits pèsent de tout leur poids sur les êtres.

Piano

Histoires d’heures ou d’années, chacune des rencontres du chemin de Lily l’a enrichie, fortifiée, fait grandir un peu plus. Malgré les difficultés, elle n’a pas de regret. Un refrain, une image, une attention restent gravés dans sa mémoire. Aujourd’hui, elle se souvient, en toute sérénité, des hommes qui ont parcouru sa route, jusqu’à sa rencontre avec l’Élu. Ce premier roman à l’émotion savoureuse témoigne avec autant d’humour que d’amour du combat contre la dépression de Lily Polenska, Princesse de papier et artiste entravée par les non-dits de son histoire, grâce à son action volontaire vers l’esthétique et à ses interrogations sur la foi.

Abecedaire bienveillant de la pedagogie a l’ecole

Dans cet essai, Bruno Bonvalet, enseignant dans la Somme, témoigne de son expérience du terrain et propose une réflexion organisée en abécédaire sur les conditions d’un apprentissage épanouissant. Chaque entrée explore un aspect de la relation pédagogique, de la posture de l’enseignant à l’environnement de la classe, avec pour fil conducteur le bien-être de l’élève. Un ouvrage de référence, épuisé mais disponible dans de nombreuses universités françaises et étrangères, signé par un auteur qui milite pour le plaisir de la lecture et l’épanouissement de chaque enfant.

Le printemps de Budapest

Par un beau jour de mai, Serge s’envole depuis Roissy pour Budapest. Visiblement perturbé, il laisse transparaître une douleur que le lecteur devine sans encore la comprendre. Ce roman nous conduit de Paris aux oasis du grand sud tunisien en passant par les rives du Danube, dans la quête d’un amour perdu. Homme de voyages, Sylvain Hariga déploie dans ce troisième opus son talent pour tisser des intrigues entre les continents, avec pour toile de fond la nostalgie et le désir de retrouver ce qui a été perdu.

Une existence

Qu’est-ce que l’existence ? Après avoir parcouru l’histoire de deux familles, l’une issue de France et l’autre de Turquie, Isabelle Costa précise que de part et d’autre, l’existence a le même cheminement d’un bout à l’autre, mais diffère selon les personnes, leurs lieux de naissance, leurs éducations, leurs cultures, leurs religions, leurs possibilités de choix, leurs désirs. Cela passe par la naissance, qui nous demande d’être et d’exister ; l’enfance, qui nous sollicite de chercher et de trouver ; l’amour, qui nous souhaite de rencontrer et d’apprécier ; la vie d’adulte, qui nous impose d’accomplir et de réussir ; la vieillesse, qui nous permet de transférer et de donner ; et par la mort, qui nous prie d’accepter et de disparaître. Tout est une question de société et d’environnement dans lesquels nous évoluons.

Chido ce miroir brise

Le 14 décembre 2024, le cyclone Chido s’abat sur Mayotte avec une violence exceptionnelle. En quelques heures, l’île bascule dans le chaos : maisons détruites, routes coupées, communications interrompues, familles dispersées, vies suspendues. À travers le regard d’une narratrice et le parcours de son frère Abdou, bloqué loin des siens, le récit plonge le lecteur au cœur d’une catastrophe qui bouleverse tout sur son passage.

Mais Chido ne détruit pas seulement les paysages et les habitations. Il révèle aussi les êtres. Face à l’urgence, les personnalités se dévoilent : certains se replient sur eux-mêmes, d’autres découvrent en eux une force, une générosité et un courage insoupçonnés. Dans les villages, au collège, dans les familles et les lieux de refuge, la solidarité devient peu à peu une nécessité vitale, puis le socle d’une reconstruction possible.

Avec Chido, ce miroir brisé, Abdoulatuf Bacar signe un récit sensible et profondément humain sur la catastrophe, la peur, l’attente, l’entraide et la résilience. Le cyclone agit comme un miroir tendu à toute une communauté : il expose ses fragilités, mais aussi sa capacité à se relever. Un livre poignant sur ce que la tempête emporte, sur ce qu’elle révèle, et sur les forces collectives qui permettent de renaître au milieu des débris.

Oui mon amour

Oui mon amour est une première publication originale, dans la forme avec une écriture audacieuse mélant narration, dialogues et scènes de cinéma, mais aussi dans le fond avec un traitement de l’amour détonnant. Un écrit brut mais aussi empreint de pudeur qui met en scène une relation destructrice où manipulation, solitude et admiration œuvrent sournoisement à l’enfermement du personnage principal. Sophie Kuoch, originaire de Marseille et étudiante à la Sorbonne, puise son inspiration dans la fréquentation des milieux les plus hétéroclites, mêlant « jeunes des cités » et jouisseurs oisifs, pour livrer un texte fort sur les liens qui étouffent.

Comment se lit le roman postcolonial ?

Après la colonisation, les intellectuels africains ont investi le champ littéraire avec un objectif : mettre en récit l’expérience de la colonisation et de l’État importé. En s’intéressant au roman postcolonial comorien, cet essai propose des éléments de réponse : en transfigurant l’Histoire par la fiction, les romanciers adoptent une stratégie qui consiste à vulgariser la mémoire collective confinée dans les bibliothèques et l’oralité. Abdoulatuf Bacar analyse les démarches des écrivains Toihiri et Aboubacar qui éveillent la mémoire de l’Histoire par l’imaginaire.

Le syndrome Gauguin

Couvert d’un manteau léger, Serge avait froid. C’était le début du mois de novembre. Une période triste où l’automne est déjà bien installé. Les arbres avaient perdu leurs feuilles et attendaient l’hiver, qui s’annonçait vigoureux cette année. Bien sûr, personne n’était là pour l’accueillir. Qui, d’ailleurs, aurait bien pu être là ? Il n’avait, depuis cinq ans, donné aucune nouvelle, coupant volontairement les ponts avec sa famille et tous ses amis. « Il avait en partie payé sa faute et devait à présent essayer de construire autre chose ». Il s’agissait exactement des paroles de la psychiatre, une jeune femme attirante, qui le suivait depuis un peu plus de deux ans. Homme de voyages, Sylvain Hariga explore ici l’univers intérieur d’un homme en quête de rédemption.