Présentation
J’ai beaucoup de choses à dire ! C’est pourquoi j’écris. Mes mots ont beaucoup à pleuvoir des larmes que je ne souhaiterais point voir. Tu n’appartiens plus, ni au temps, ni à l’espace. Ta vie vit dans le vide d’une présence pesante. Le feu nonchalant de tes âges éphémères a fini par s’éteindre. Laisse-moi entretenir la chaleur des cendres pour vivifier le souvenir.
On peut me démettre de tout, sauf de ma liberté de souffrir ; on peut bander mes yeux avec un sparadrap de la haine et du mépris, mais jamais on n’embrigadera ma liberté de prospecter jusque dans le noir des coeurs hypocrites.
Tu n’appartiens plus aux instants suprêmes du monde où l’extase d’une femme jaillit toujours des profondeurs du puits d’espoir et de fierté que promet son héros d’amour ! Après ton départ, toutes les femmes jadis enfouillies sous les silences du complexe et de la honte dévoilent leurs visages à ma face. Aujourd’hui, je suis le garçon de toutes les amours, celui par qui la rédemption devra commencer, le garçon des missions de tout le monde, l’enfant prodigue qui descend petit à petit les monts pour apporter à boire, à manger, à aimer et à sourire aux âmes ligotées.
Ancien Stagiaire à la Commission de l’Union Africaine à Addis-Abeba, au Ministère des Affaires Etrangères (Sénégal) et à l’Organisation des Nations Unies à New York, Ndiaye Alassane Mamadou est diplômé de Troisième Cycle de Droit et de Sciences Politiques à Université de Reims et de Sorbonne-Paris 1. Ce passionné de poésie et de mythologie, est un grand admirateur de Léopold Sédar Senghor, Albert Camus et Voltaire.
Lettre posthume aborde le destin tragique d’une dame affrontant seule la mort sur son lit, devant les yeux impuissants de son fils pendant que tout le reste des membres de la famille tergiversent sur les mesures à prendre : l’évacuer à l’hôpital ? Faire appel à un guérisseur traditionnel ? Y a t-il vraiment urgence ?
La mort va finalement frapper et emporter la pauvre dame. Et quelques années plus tard, le fils devenu mature, prenant conscience du caractère sordide de certaines pratiques traditionnelles propres à son milieu social, décide de tout raconter à sa mère morte, à titre posthume.
C’est l’occasion pour lui de revisiter le riche passé de ses rapports à sa génitrice, d’attaquer la mort sur son terrain : le mystère, sur un ton qui mêle poésie et prose.
Extrait du livre :
A peine 30 minutes après le début du film, un silence de cathédrale s’abat dans la chambre. L’actrice préférée de tous les spectateurs vient d’être victime d’une tentative d’assassinat par empoisonnement. Sa rivale a réussi à introduire un produit nocif dans un verre d’eau qu’elle vient de boire. L’instant de silence qui noyait tout ce monde allait être interrompu aussitôt. Mariama, ta nièce, vient de faire irruption dans la chambre, toute haletante : «S’il vous plait… ! S’il vous plait… ! Passez-moi vite le ventilateur ! Vite ! Vite ! ! !» Quelqu’un le lui remet aussitôt. Je lui fais ensuite remarquer que l’appareil ne fonctionne plus. Elle le prend quand même, puis me murmure à l’oreille : «Tata est gravement malade» avant de s’éloigner. Puis le cours du film reprend son chemin normal. On n’a juste eu le temps de détourner les regards et de se reconcentrer face l’écran. Ce qui se passait à la télévision, cette intrigue fictive venue d’un pays lointain, avait apparemment plus d’importance que la vie d’une femme qui se jouait là-bas au deuxième étage. «On s’en occupera par la suite», avait-on l’impression de lire sur les visages. Mais pour le moment, Marimar était reine des coeurs et des esprits.
J’avais pris d’abord les inquiétudes de la petite Mariama pour des blagues car elle m’avait habitué à de pareilles fausses alertes. Seulement, jusqu’ici le sujet de ses plaisanteries n’avait jamais de rapport avec la vie humaine. En la voyant descendre par trois les marches des escaliers, j’ai compris finalement que quelque début de tragédie se jouait en bas. Mon coeur se met soudain à battre. Quelques minutes après, je suis descendu à la suite de la petite-fille. Au premier étage, dans ta chambre, Fanny, tu étais couchée, étalée dans ta finesse rectiligne, raide, convulsive par moments…

Avis lecteurs
Il n’y a pas encore d’avis.