Au rythme des Alizés — Adjmaël Halidi

Haled A. Boina présente le premier recueil de nouvelles d’Adjmaël Halidi, Au rythme des Alizés, aux Éditions De La Lune.

MÉDIA : à confirmer (non lisible sur le scan)
DATE : à confirmer
JOURNALISTE : Haled A. Boina
LIVRE CONCERNÉ : Au rythme des Alizés
AUTEUR DU LIVRE : Adjmaël Halidi
ÉDITEUR : Éditions De La Lune
TYPE DE DOCUMENT : coupure de presse / archive médias

Au rythme des Alizés

Le poète comorien Halidi Adjmaël vient de publier son premier recueil de nouvelles « Au rythme des Alizés » qui va enrichir la littérature comorienne. L’auteur traite du problème de Mayotte à travers l’histoire d’une île qui s’écrit avec les cris de détresse de tout un peuple dont les enfants de plus en plus nombreux sont emportés par les vagues meurtrières de la désolation, vers cette île sœur qu’il qualifie de « miroir aux alouettes ».

Adjmaël Halidi né à Anjouan avec résidence à Antananarivo, où il fait ses études de sociologie, vient de publier son premier recueil de nouvelles aux éditions de La lune, une autre maison d’édition comorienne basée en France. Un roman critique sur la situation des Comoriens qui sont nombreux à risquer leur vie en mer, au prix de quelques euros gagnés sur l’île comorienne de Mayotte, sous occupation française. Ce premier recueil, qui se lit comme un conte, soulève en filigrane d’autres problèmes socioéconomiques et culturels à l’origine de cette aventure.

Le grand mariage est toisé du doigt comme tant d’autres douleurs intestines qui risquent, une fois de plus, de ressortir de ces oubliettes l’éternelle question de savoir si réellement l’écrivain comorien écrit impunément.

Je connaissais le poète, je découvre un nouvelliste !

Adjmaël Halidi, de son vrai nom, est un jeune poète, connu dans les milieux littéraires malgaches, où il fréquente les cercles d’intellectuels à l’instar des associations Lerka (Espace de Recherches et de Création en Arts Actuels) de L’île de La Réunion et Vaïka (Vondrona Andrafetana sy Ivoizana ny Ampitso) de Madagascar où je l’ai rencontré pour la première fois en 2005.

Né le 12 juin 1986 à Tsémbéhou, sur l’île autonome d’Anjouan, Adjmaël est atteint par l’ivresse de l’écriture à l’âge de 13 ans, en débutant avec la poésie. « Au rythme des Alizés » est donc sa première publication. Un recueil de nouvelles, d’une écriture caractérisée par un style à lui, consistant à utiliser les mots comme il les entend, les vit, dans leur dénouement, sans fioritures, avec un lexique tout cru parfois même trivial pour peindre l’atrocité que vivent tous ces candidats à « l’illusion du bonheur » mahorais qui, comme l’a si bien écrit B. Spinoza, « vient de la conscience de notre action et de l’ignorance des causes qui nous font agir ».

Adjmaël démontre ici aussi toute sa connaissance des lieux et de la nature comorienne, grâce à la description limpide qu’il fait de la vie quotidienne au village, le sien qui ressemble sans se méprendre à tout village comorien peu importe l’île, avec ses soucis et l’état d’esprit qui peut l’animer. Il ne manque pas non plus de peindre l’environnement avec la beauté qui le caractérise.

La nouvelle s’ouvre sur le village de M’trouni, situé à 17 km de Mutsamudu en plein cœur d’Anjouan. Ici l’auteur dépeint adroitement le paysage et les activités culturelles, avant de continuer un peu plus loin sur les ambiguïtés des personnages, confrontées entre les sentiments d’amour, de mépris, de haine et les passions qui les animent.

Les portraits qu’il fait des individus s’imbriquent autour des événements ou des lieux qui rythment la vie qui entre Anjouan et Mayotte, sous-entendue l’ensemble des trois îles et Mayotte. C’est ainsi qu’il innove dans ce domaine littéraire comorien, parfois même avec quelques accents de témérités en parlant des mœurs.

« Ye heri ngiyo ya pvo mdru ya tsiyo »

Quant au titre de ces nouvelles, il suscite à la fois une certaine compassion par rapport au parcours aventurier que prennent ces âmes hantées par l’illusion du bonheur, mais aussi une part d’incompréhension vis-à-vis des raisons qui animent ces hommes et ces femmes qui vont jusqu’à jeter leurs enfants en bas âge à la mer, en se disant que « si dieu leur prête vie, elles auront d’autres enfants », pourvu qu’ils ou qu’elles échappent à leur passé, en oubliant qu’un autre sort les attend à la fin du voyage. Le titre est un perpétuel questionnement sur la destinée humaine.

Pour construire sa fresque dédiée à cette cause comorienne, « Au rythme des Alizés » donne cette impression que son tissu narratif, autant que ses dialogues, veulent rappeler indirectement à la mémoire collective du peuple comorien, face à une certaine insensibilité des décideurs politiques de part et d’autre. Cette préoccupation n’est pas nouvelle, elle ressort aussi dans son recueil de poèmes, encore inédit.

D’ailleurs, les quelques vers mis en exergue dans l’ouvrage rajoutent un dernier aspect de la beauté créative de notre poète en herbe. Si Adjmaël a bien voulu mettre un grain de finesse dans la construction de sa trame événementielle, il a cependant pris soin de ne pas créer de « héros » puisque, ni Djinam, ni Ziara, encore moins Ba’ta ne se sont aucunement approprié ce rôle, à moins que l’auteur lui-même, avant d’écrire cette nouvelle, ne se soit aussi embarqué dans la même traversée meurtrière, pour rejoindre son frère Farid en qui il doit ses études.

Mais après tout, l’adage comorien ne dit-il pas : Yeheri ngiyo ya pvo mdru ya tsiyo ! Le bonheur est là où on ne l’attend pas. Voilà la question que le lecteur se pose en refermant le recueil. En tous cas, la nouvelle revêt un caractère humain évident, qui, au milieu de tous ces drames, ne manque pas de nous charmer, entre séparations dans une île et retrouvailles dans une autre, comme pour fuir l’incompréhension des autres.

Haled A. Boina

Cette coupure de presse est publiée comme archive documentaire dans le cadre de la valorisation du catalogue des Éditions De La Lune.

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